Vous avez sans doute vu passer les titres. Le règlement européen sur l’IA (l’« AI Act ») est là, il est long, et tout le monde sur LinkedIn semble avoir un avis dessus. Si vous tenez un blog, une boutique ou un site d’entreprise, voici la bonne nouvelle : l’essentiel du texte ne vous concerne pas. Il vise les usages à haut risque, comme l’IA dans le recrutement, l’octroi de crédit ou les dispositifs médicaux.
La partie qui touche les sites ordinaires est courte. C’est l’article 50, et il tient en une idée : les gens doivent savoir quand ils ont affaire à l’IA.
Nous avons lu le règlement, les lignes directrices de la Commission européenne sur l’article 50 (adoptées en juillet 2026) et le code de bonnes pratiques, facultatif, sur les contenus générés par IA. Aucun de ces textes ne parle de WordPress. Nous les avons donc traduits en situations concrètes, celles que vivent vraiment les propriétaires de sites.
Un outil, pas un conseil juridique. Ce guide explique des documents publics en langage simple. Il ne peut pas vous dire si votre entreprise respecte la loi. Si cette question compte pour vous, parlez-en à un avocat.
L’article 50 en deux minutes
L’article 50 s’applique depuis le 2 août 2026. Il contient quatre obligations distinctes :
- 50(1), chatbots et autres IA interactives. Les gens doivent être informés qu’ils parlent à une IA, sauf si c’est évident.
- 50(2), marquage lisible par machine. Les images, sons, vidéos et textes générés par IA doivent porter un marqueur technique, comme des métadonnées ou un filigrane, que les logiciels peuvent détecter.
- 50(3), reconnaissance des émotions et catégorisation biométrique. Toute personne exposée à ces systèmes doit en être informée. Vous n’en utilisez très probablement pas.
- 50(4), hypertrucages et certains textes publiés. Les images, sons ou vidéos IA réalistes (les hypertrucages, ou deepfakes) doivent être signalés. C’est aussi le cas des textes IA publiés pour informer le public sur des questions d’intérêt public, sauf si un rédacteur humain les a relus et en assume la responsabilité.
La loi répartit le travail entre deux rôles. Le fournisseur développe le système d’IA et le met sur le marché : l’entreprise derrière le générateur d’images ou le widget de chat. Le déployeur utilise ce système dans son activité, par exemple une commerçante qui publie des photos produits faites par IA.
La plupart des propriétaires de sites sont des déployeurs. Gardez-le en tête, car les deux rôles n’ont pas les mêmes devoirs.
Ce qui atterrit sur votre bureau
Les chatbots : surtout l’affaire du fournisseur
L’article 50(1) vise les fournisseurs. Si vous ajoutez le widget de chat d’un éditeur à votre site, c’est en général l’éditeur qui est fournisseur, et c’est à lui de faire en sorte que les visiteurs sachent qu’ils discutent avec une IA. Il y a toutefois une nuance. Si vous construisez votre propre bot, ou si vous proposez un système d’IA sous votre propre nom, la Commission considère que vous pouvez devenir vous-même fournisseur.
Même quand l’obligation revient techniquement à l’éditeur, c’est quand même votre site. Les mentions des éditeurs sont parfois minuscules, cachées dans un menu ou désactivées dans les réglages. Et les lignes directrices sont nettes : une ligne dans vos conditions générales ne suffit pas à elle seule, et une formule vague comme « Les services de ce site utilisent l’IA » est trop générale. Plus de détails dans Les chatbots sur votre site.
Le marquage lisible par machine : les outils s’en chargent
L’article 50(2) est une autre obligation des fournisseurs. C’est au générateur d’images ou à l’outil de rédaction d’intégrer le marqueur. Votre rôle est plus simple : ne pas le supprimer. Certains plugins d’optimisation d’images effacent les métadonnées au téléversement, alors jetez un œil à vos réglages.
Les hypertrucages : là, c’est pour vous
Si vous publiez une image, une vidéo ou un son IA réaliste qui montre une personne, un produit, un lieu ou un événement d’apparence réelle et qui pourrait passer pour authentique, c’est à vous de le signaler. C’est là que les boutiques et les éditeurs doivent faire attention.
Cela dit, toutes les images IA ne sont pas des hypertrucages. Un dessin animé, une scène clairement imaginaire ou un vrai produit sur un fond généré par IA n’en sont généralement pas. Une photo produit « améliorée » pour que l’article paraisse meilleur qu’il ne l’est vraiment peut en être un. Voir Faut-il étiqueter les images IA ?.
Les textes d’intérêt public : pour vous aussi, avec une porte de sortie
Si vous publiez des textes écrits par IA qui informent sur la santé, la politique, l’environnement, la sécurité des consommateurs ou l’actualité économique et scientifique, vous devez le dire. Sauf si une vraie personne a vérifié le fond, faits compris, et qu’une personne identifiée en assume la responsabilité éditoriale. Passer un correcteur orthographique ne compte pas. La plupart des textes marketing et des fiches produits courantes échappent de toute façon à cette règle. Voir Articles de blog écrits par IA.
Les projets personnels sont épargnés
Les obligations des déployeurs ne s’appliquent pas à un usage purement personnel et non professionnel. Un blog de voyage familial sans publicité ? Probablement hors champ. Dès qu’un site rapporte de l’argent de façon régulière ou sert une entreprise, les lignes directrices le traitent comme professionnel.
Quand et où prévenir les gens
Le règlement veut une mention claire et facile à repérer, au plus tard la première fois que quelqu’un voit le contenu ou commence l’échange. Concrètement :
- Images et vidéos : sur le média lui-même ou juste à côté. Le code de bonnes pratiques prend l’exemple du coin supérieur droit d’une image.
- Textes : au début, au-dessus du texte ou près du titre. Une note en bas d’un article de 2 000 mots arrive bien trop tard.
- Chatbots : avant le chat ou tout au début, près de la fenêtre de discussion. Un premier message du type « Vous discutez avec un assistant IA » et un petit badge près du champ de saisie sont tous deux cités comme bonnes pratiques.
Et ce que vous avez publié avant août 2026 ?
Selon les lignes directrices, les images, sons, vidéos et hypertrucages générés avant le 2 août 2026 n’ont pas besoin d’être étiquetés après coup. Il en va de même pour les textes concernés qui ont été générés et publiés avant cette date.
Attention au piège : un texte généré avant le 2 août 2026 mais publié à partir de cette date doit être étiqueté comme n’importe quel contenu nouveau.
Vous entendrez peut-être aussi parler du 2 décembre 2026. Une modification séparée donne jusqu’à cette date aux fournisseurs d’outils d’IA générative déjà sur le marché avant août pour ajouter le marquage lisible par machine. Ce délai ne vaut que pour le marquage. Il ne repousse ni les mentions des chatbots, ni le signalement des hypertrucages et des textes.
Et si vous l’ignorez ?
Les amendes pour violation de l’article 50 peuvent atteindre 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires annuel mondial, le montant le plus élevé étant retenu. Pour les PME, c’est le montant le plus faible. Les autorités doivent aussi tenir compte de la taille de l’entreprise, de la gravité du manquement et de votre coopération. En clair : un étiquetage clair et de bonne foi vous met dans une bien meilleure position que de ne rien faire.
Votre première heure
Inutile de coller une étiquette partout. Commencez par voir ce qui s’applique vraiment :
- Listez tous les endroits où l’IA intervient sur votre site. Widgets de chat, plugins de rédaction IA, générateurs d’images, fiches produits écrites par IA, pages traduites automatiquement, vidéos avec avatar.
- Associez chacun à une obligation. Chatbot (50(1)) ? Média réaliste (hypertrucage, 50(4)) ? Texte d’intérêt public (texte, 50(4)) ?
- Décidez qui relit les textes. Si quelqu’un dans votre équipe vérifie les brouillons IA avant leur mise en ligne, notez-le et nommez la personne responsable.
- Ajoutez des étiquettes visibles là où il en faut. Sur l’image, en haut du texte, au début du chat.
- Expliquez tout au même endroit. Une courte page « Comment nous utilisons l’IA » aide les visiteurs et montre votre bonne foi.
- Gardez une trace de ce que vous avez étiqueté et quand.
La place d’AuthorLabel
AuthorLabel est un plugin WordPress gratuit construit autour de cet ordre précis. Activez-le, et une vérification de départ vous pose six questions rapides et analyse vos plugins et scripts à la recherche de widgets de chat connus. Chaque obligation de l’article 50 est alors marquée s’applique, ne s’applique pas ou à vous de voir, avec une raison en une ligne.
Il tient aussi compte de ce qui est réellement en ligne. Si Tidio est installé mais pas relié à un compte, la vérification vous dit que les visiteurs ne le voient pas encore, au lieu de vous pousser à étiqueter un chatbot que personne ne peut utiliser.
Ensuite, vous pouvez activer une mention pour le chatbot, étiqueter articles, produits et médias directement dans l’éditeur, générer une page « How we use AI » modifiable et retrouver tout ce que vous avez fait dans un journal d’activité. Le plugin ne fait aucune requête externe et ne touche jamais au contenu de vos articles.
Sources
- Règlement (UE) 2024/1689 (règlement sur l’IA), article 50 et article 113.
- Commission européenne, lignes directrices sur les obligations de transparence des fournisseurs et des déployeurs de systèmes d’IA au titre de l’article 50 du règlement sur l’IA, C(2026) 7702 final. digital-strategy.ec.europa.eu
- Code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés par IA. digital-strategy.ec.europa.eu
Les lignes directrices de la Commission ne sont pas juridiquement contraignantes. Seule la Cour de justice de l’UE peut trancher définitivement sur l’interprétation du règlement.
Dernière vérification : novembre 2026. AuthorLabel est un outil, pas un conseil juridique.